AMALGAME N°43 Copenhague et compagnie.

Publié le vendredi 26 mars 2010

Xavier Desgain, député régional wallon, expert en matières d’énergie et de climat, est revenu de la conférence internationale de Copenhague (qui s’est tenue en décembre) avec des sentiments nuancés. C’est son analyse que nous vous soumettons dans le présent texte.
La presse mondiale a commenté cette conférence en la décrivant comme un échec. C’est vrai que les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes ni des besoins réels, mais certaines avancées doivent atténuer cette impression d’échec qui a prévalu. Pour situer l’enjeu en quelques chiffres, le GIEC estime que, pour 2020, nous devons réduire de 20 à 40% nos émissions globales de CO2, par rapport à 1990 ; et de 80 à 95% pour 2050. Il faut noter que les Etats-Unis leurrent leur monde en avançant des réductions apparemment sérieuses, mais s’appuient sur l’année 2005 comme année de référence, ce qui constitue une différence importante, et une arnaque de première envergure.
L’échec ressenti à l’issue de la conférence de Copenhague s’explique par le fait que la conférence a été mal préparée, mal pilotée, et manquait de leadership. Les négociateurs avaient, lors des travaux intermédiaires, laissé trop d’éléments en suspens, et la conférence a été empêtrée dans une masse de détails impossibles à résoudre en un délai court. Les différences de vues entre les pays pauvres, les pays émergents et les pays industrialisés ont entraîné des blocages. Les Danois ont fait preuve d’un certain amateurisme dans leur façon de piloter la conférence (ce qui risque de se reproduire lors de la conférence de Mexico, car on laisse au pays hôte le soin de conduire les travaux, alors qu’ils n’en ont pas toujours la compétence). Obama a réuni autour de lui quatre nations avec lesquelles il avait conclu des accords préalables : l’Union européenne et les pays africains ont été humiliés. Alors que les USA et la Chine travaillent sur un mode bilatéral, afin de protéger leur mainmise, la conférence de Kyoto avait établi des collaborations multilatérales, bien plus productives. Et de manière générale, tout le monde s’accorde à penser qu’il doit revenir à l’ONU de prendre en main ce débat crucial afin d’en arriver à un travail concerté, cohérent, efficace.
Il existe pourtant certaines raisons de se réjouir. Même si la conférence n’a abouti à aucun accord contraignant ni chiffré, la question climatique est devenue un enjeu géopolitique mondial, elle est portée sur la table de cent nonante-deux chefs d’Etat et de gouvernements. La prise de conscience est planétaire. Et un accord réunit les gouvernants pour affirmer que les négociations doivent se poursuivre.
Obama était aux prises avec le Congrès de son pays pour la négociation sur les soins de santé, qui tenait à une voix près. Contraint par son opinion publique de se montrer ferme, il refusa le système des contraintes et des sanctions en cas de dépassement du taux maximal d’émission. Mauvais timing : on espère que, plus tard, il se montrera plus ambitieux.
ECOLO soutient la nécessité de relever les objectifs des Etats, qui doivent bientôt remettre leurs estimations de réduction ; et d’augmenter les taux annoncés (l’Union Européenne avait prévu 20% mais il est raisonnable de porter cet objectif à 30% sans que cela coûte plus cher, en s’appuyant sur le fait que la crise permet de diminuer l’activité industrielle). En Belgique, on observe que la Flandre occupe une position peu volontariste, car elle craint pour son économie. La Wallonie affiche des objectifs plus ambitieux : elle avait déjà atteint 16% de réduction en 2009, 9% de plus que les 7% prévus initialement, et la Déclaration de politique régionale détermine un objectif de réduction de 30% pour 2020. Pour les atteindre, le logement est la cible visée : des standards relatifs aux constructions passives seront mis en œuvre pour 2020. En revanche, il sera plus difficile de juguler les émissions dues au transport mais la Région continue d’encourager l’usage des transports en commun. Il est clair, en tout cas, que la Wallonie cherche à élargir ces objectifs sur le plan international, et se concerte avec les régions sidérurgiques. Kyoto n’était qu’un début, Copenhague offre des relais utiles : saisissons-les.

Pour le groupe local ECOLO ,
Xavier Deutsch et Thierry Van Hentenryck

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