Amalgame n°37 : Mais non, la planète n’a pas besoin qu’on la sauve !

Publié le jeudi 25 septembre 2008

C’est une drôle d’expression, qu’on entend et qu’on lit de tous côtés : « Il faut sauver la planète ! » Le genre de petite phrase alarmiste juste bonne à faire passer un frisson d’inquiétude, puis à s’évanouir dans le néant. Allez ! Elle en a vu d’autres, la planète, depuis plus de quatre milliards d’années : des bouleversements climatiques, géologiques, telluriques... Inutile de se tracasser sur son sort, c’est gentil pour elle mais il n’existe aucun danger de la voir disparaître dans un avenir proche.

En revanche, c’est vrai, si l’humanité continue sur la voie qu’elle a choisi d’emprunter, elle risque bien de quitter la surface de la Terre, et d’entraîner dans sa chute quelques milliers d’espèces végétales et animales. Est-ce que c’est grave ? Je ne sais pas si c’est grave, vu du ciel. L’humain s’éteindra peut-être, à moyen terme. Il n’est qu’une espèce animale parmi les autres. Et la Terre continuera de tourner. D’autres espèces trouveront de la place pour se réorganiser, j’aime bien imaginer parfois ce que la planète pourrait devenir sans nous. L’Amazonie retrouvera des couleurs, les baleines bleues rejoindront par troupeaux leurs pâturages, les dauphins disposent d’une intelligence qui leur permettra de grandes choses. Ou les fourmis ?

En attendant, c’est humain : l’homo sapiens n’est pas pressé de disparaître. Il se trouve tout à coup inquiet pour sa survie, et se met à comprendre lentement qu’il faudrait changer sa carabine d’épaule s’il a envie de voir sa descendance peupler les rivages et les plaines comme il s’y est habitué depuis le néolithique. On ne peut pas le lui reprocher. Du coup, il réfléchit au climat, renonce à compter sur les énergies fossiles (pétrole, charbon, uranium...) pour se tourner vers le vent, le soleil, l’eau, qui sont disponibles à l’infini. Il prend le train, et son vélo. Il isole sa maison. Très bien !

Mais l’homme sait aussi que sa survie passe par celle des autres animaux de la création. Tout est lié. Prenons l’abeille : pour une histoire de pollinisation, on estime que, le jour où l’abeille aura disparu, l’humanité n’en aura plus que pour quatre ou cinq ans avant de s’éteindre. Ca a l’air de rien, une abeille, mais ça nous préserve contre le désastre. Simple exemple. Or l’abeille ne pète pas la forme en ce moment et les apiculteurs nous signalent que leur population décroît dangereusement.

Alors, l’Union européenne a mis au point depuis plusieurs années le programme Natura 2000, dont la finalité est de soutenir la biodiversité dans les pays membres. L’idée, en gros, c’est de réserver un pourcentage du territoire aux espèces animales et végétales menacées. La Région wallonne propose de réserver 13% de son territoire, c’est pas mal, c’est mieux que la moyenne, mais on n’y est pas encore.

Et voilà une proposition toute simple, et inédite. Outre une importante surface agricole, notre commune dispose d’habitants possédant presque tous un jardin. Or le gazon anglais est un véritable désert biologique. Aucun intérêt, sur le plan de la diversité. Dès lors, si chacun d’entre nous voulait réserver 10% de son jardin à quelque chose d’un peu touffu, d’un peu naturel, d’un peu en friche, ça ferait le bonheur des petits rongeurs, des coléoptères, des oiseaux, des grenouilles. Et des abeilles.

Laissez faire, ne tondez pas, vous verrez apparaître du trèfle, du plantain (excellent contre les morsures d’insectes), des papillons. Si chacun laissait à la nature cinquante centiares de liberté, si chacun plantait une haie de charme et d’aubépine, laissait libre cours aux graminées, sur une part de son terrain, sur un talus, sur une bordure, si chaque habitant de la commune aménageait sa réserve naturelle miniature, ça créerait un maillage vraiment utile. De quoi faire de Chaumont-Gistoux une commune pilote, et un exemple brillant : histoire de faire parler de nous pour autre chose que la dette communale...

Ce n’est pas la planète qu’on contribuera à sauver. C’est simplement le genre humain.

Pour la locale ECOLO, Xavier Deutsch