Les lanternes de Nagoya

Publié le dimanche 9 janvier 2011

La conférence internationale de Nagoya, consacrée à la protection de la biodiversité, s’est achevée, quelques mois après celle de Copenhague consacrée au climat. Très bien ! L’avantage, c’est que ça travaille. Cette profusion de rencontres au plus haut niveau atteste d’une prise de conscience mondiale des enjeux liés à l’environnement. L’inconvénient, c’est qu’on n’est pas très sûrs que les résultats soient à la hauteur des problèmes (rappelez-vous la déception ressentie après Copenhague). Depuis la conférence de Montréal, en 1987, consacrée à l’appauvrissement de la couche d’ozone, jusqu’à celle de Nagoya, et en attendant celle de Cancun, les experts et les chefs d’Etat se sont baladés de Kyoto (1997) à Genève (1996), de New York (1997, 2009) à La Haye (2000), de Buenos Aires (1998) à Nairobi (2006) sans qu’on sache exactement si notre planète s’en relève en meilleure forme.

Première chose. Si ces différentes conférences internationales se penchent sur des thématiques différentes (couche d’ozone, climat, biodiversité), ECOLO tient à ce qu’on lie ces problèmes entre eux. Un simple exemple : la déforestation, une des causes majeures de la perte d’espèces végétales et animales, contribue aussi au réchauffement (puisque les arbres absorbent le CO2, responsable d’une bonne partie de l’effet de serre). Protéger les forêts, c’est à la fois sauvegarder le climat et la biodiversité.

Deuxième chose. La multiplication des conférences internationales a un effet contrasté sur la population : d’une part les gens se réjouissent qu’on se bouge enfin pour sauver un patrimoine planétaire dont dépend notre survie collective ; mais d’autre part il existe un effet de lassitude, de démobilisation, de culpabilisation, d’impuissance. On nous ressasse que, si le climat se réchauffe, si la biodiversité est en danger, c’est à cause de nous, et encore à cause de nous. Pas de quoi pavoiser : l’homo sapiens a imposé sa loi sur la planète alors qu’on ne donnait pas cher de sa perpétuation. Petit être fragile, offert à tous les prédateurs possibles, il n’a dû qu’à son intelligence (cadeau de l’évolution) de ne pas disparaître de la surface de la savane. Et il s’est mis à faire n’importe quoi. Alors, oui, les conférences internationales nous disent, que, désolé si ça déplaît, mais il nous appartient de restaurer ce que nous avons démoli. Question de survie, de responsabilité, etc. Pas le temps de tergiverser, ça va coûter une méga-fortune, tant pis, c’est comme ça. Vu que ce n’est pas gai à entendre, on risque de détourner la tête. Comme l’a proclamé Chirac « la maison brûle et nous regardons ailleurs. » Dès lors, rester vigilants, mobilisés, c’est un minimum.

Un autre effet embêtant : on a globalement compris que, pour contrer le réchauffement climatique, on pouvait installer des panneaux solaires, cesser de geindre quand on voit pousser une éolienne dans les champs, isoler sa maison et se déplacer en train chaque fois que c’est possible, mais on se voit mal abriter un rhinocéros laineux dans son jardin, ou une baleine à bosse dans sa piscine pour protéger la biodiversité. D’où un sentiment d’impuissance. Pourtant, à notre mesure, aucun geste n’est ridicule, aussi modeste soit-il : planter une haie, garder quelques mètres carrés de jachère au bout de la pelouse, bannir les herbicides, réjouit les petits oiseaux, les petits rongeurs, les insectes de nos villages. Boycotter les meubles et les objets décoratifs en bois précieux coupe l’herbe sous les pieds de ceux qui déboisent les forêts tropicales.

A Nagoya, comme d’habitude, on engrange des motifs de satisfaction (protection accrue des espèces menacées, des océans et des littoraux, compensation financière des firmes qui exploitent les ressources biologiques des pays du Sud) et de déception (pas de mesures contraignantes, absence de la signature des USA au bas de l’accord), mais il y a de réelles avancées. Un certain optimisme est permis. Des lanternes ont été allumées.

AMALGAME n° 46 P11 : http://www.chaumont-gistoux.be/down...
Xavier Deutsch,
pour la locale ECOLO de Chaumont-Gistoux