Qu’attendre en 2013 de la gouvernance économique de l’Europe ?

Publié le dimanche 23 décembre 2012

2012 se termine, une année qui, de la gouvernance économique de l’Europe à la régulation des banques en passant par la stratégie de recherche et d’innovation, aura été la plus chargée du mandat (jusqu’ici en tout cas). Elle aura surtout vu les dirigeants européens galvauder le temps qui leur fut offert par les décisions de la Banque Centrale Européenne (refinancement des banques et promesse d’achats - limités - de dettes publiques), remettant toujours à plus tard les décisions qui seules nous donnent une chance de sortir de la crise par le haut : mutualisation de la dette, convergence fiscale, engagement d’un Green New Deal européen, stratégie d’investissement destinée à faire de l’Europe une championne des solutions pour assurer à tous le bien-être, dans les limites physiques de la planète. Ces décisions exigent à la fois un saut fédéral et démocratique et un changement de cap politique. C’est à cela que doit nous inviter le prix Nobel de la paix attribué cette année à l’Union. On en loin.

En effet, l’Union Bancaire qui se présentait en juin comme un embryon de saut fédéral, a accouché d’une proposition a minima : si tout se passe comme prévu, à l’horizon 2014, c’est au niveau européen que les plus importantes banques européennes seront supervisées. Mais, comme l’a encore rappelée Angela Merkel, devant qui aucun leader européen n’ose se dresser, il ne saurait être question que cette union bancaire soit le prétexte à quelque forme de solidarité financière que ce soit : pas question de refinancer les pertes passées de banques (espagnoles, irlandaises...). Selon la même, il ne peut non plus être question de remettre en cause l’option quasi-théologique du tout-à-l’austérité. Austérité pour les gouvernements, austérité pour les plus vulnérables dans nos sociétés (on en était à fin 2010 à 23% d’Européens au ou sous le seuil de pauvreté, et le chiffre monte), mais apparemment pas pour tous. En effet, ce n’est personne d’autre que Wolfgang Schäuble, le tout-puissant ministre des finances allemand, qui s’oppose (sans trop le montrer quand même, çà fait mauvais genre) à la proposition du Parlement, prise à l’impulsion des verts, de limiter les bonus des banquiers. Pour paraphraser Jean de la Fontaine, selon que vous serez puissant ou misérable, l’austérité vous épargnera ou vous assommera...

Quant à l’idée agitée un moment par Herman Van Rompuy d’un budget pour la zone Euro, propre à jouer un rôle d’amortisseur de crise, il est ramené à la portion congrue par Angela, encore elle : tout au plus 10 ou 15 milliards, soit un millième du PIB européen. Vous parlez d’un bazooka anti-crise ! Au fait, où en est le prochain budget pluri-annuel de l’UE ? Là aussi, pas de bonnes nouvelles : alors qu’une union monétaire exige un budget fédéral solide, de l’ordre de 5 à 10% du PIB, c’est bien de 5 à 10% qu’on parle de réduire (!) le budget européen, qui ne pèse actuellement que 1% du PIB. Et le même Herman Van Rompuy propose de porter la hache sur les seules dépenses d’avenir de l’UE : le pilier 2 de la politique agricole commune, celui qui vise à la transformation de notre modèle agro-industriel et, un comble, sur les dépenses de recherche et d’innovation, qui pourraient être simplement coupées de moitié !

Qu’attendre de 2013 ? La crise de l’Euro, qui a connu une accalmie sans pour autant que les problèmes de fond ne soient réglés pourrait certes connaître une nouvelle flambée. Mais il y a aussi des raisons d’espérer. C’est en effet cette année que devrait voir le jour, dans douze des vingt-sept pays de l’Union, une taxe sur les transactions financières ainsi que l’adoption des nouvelles règles prudentielles pour les banques - y compris une limitation des bonus des banquiers. Sur le même thème, on devrait voir déposées des propositions législatives de la Commission sur la séparation des métiers bancaires ou sur l’assainissement de ce qu’on appelle la "banque de l’ombre". Ou d’autres en vue d’amorcer la transition vers une économie circulaire. 2013 pourrait enfin voir un changement d’orientation politique en Allemagne : c’est en septembre qu’auront lieu les élections législatives et qui sait, l’installation d’une majorité rouge-verte à Berlin ; ce n’est certes pas gagné à ce stade, mais c’est jouable et comptez sur les Verts pour mettre toutes leurs énergies en jeu pour réaliser ce pari. Enfin, 2013 sera la dernière année pleine du mandat de ce Parlement, les élections européennes ayant lieu en mai ou juin 2014

En vue de toutes ces échéances, il n’est pas superflu de reprendre son souffle, ce que la période des fêtes de fin d’année nous permettra. Qu’elles soit pour vous un moment de paix et de sérénité, mais aussi une occasion de remettre chaque chose en perspective, de façon à garder le cap sur ce qui vous est essentiel

Philippe Lamberts